Piketty et Stiglitz en campagne pour taxer les multinationales

L’Usine Nouvelle

02/10/19

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Après avoir étudié l’histoire économique, compilé des données, inventé des modèles, les économistes sont souvent démangés par l’envie de prendre part au débat public et d’influer sur les politiques. C’est le cas depuis longtemps de Joseph Stiglitz, professeur à Columbia, à New York, ancien chef économiste de la Banque mondiale et ancien conseiller de Bill Clinton. C’est aussi l’approche de Thomas Piketty, star transatlantique depuis la parution de son "Capital au XXIe siècle", qui, dans son nouvel ouvrage, "Capital et idéologie", réaffirme le rôle des choix de société dans la concentration des richesses.

Tous deux étaient en campagne à Paris, fin septembre, pour réclamer une réforme de la taxation des multinationales plus juste et plus ambitieuse que celle en discussion au sein de l’OCDE, avec le projet Beps (pour Base erosion and profit shifting). Ils animent les réflexions de l’Independent commission for the reform of international corporate taxation (Icrict), qui rassemble une coalition d’ONG comme Oxfam, Tax Justice Network, Public services international...

Joseph Stiglitz signalait alors que "même les États-Unis ont pris conscience du coût très élevé de l’évitement fiscal pour la société". Effectivement, si elle a réduit le taux d’impôt des sociétés, la réforme fiscale américaine a aussi créé des dispositifs contre l’accumulation des bénéfices dans les paradis fiscaux. Mais cette évolution sert surtout "les intérêts de l’Amérique", souligne Joseph Stiglitz.

Aujourd’hui, la négociation à l’OCDE veut s’attaquer aux activités digitales des entreprises pour permettre aux États d’imposer des bénéfices générés par les ventes dans leurs pays. Pas juste, car cela pourrait favoriser les pays riches au détriment des pays en développement. Et pas assez ambitieux, car il faut l’étendre à toutes les multinationales, pas seulement au digital. La solution ? Selon Thomas Piketty, "les entreprises doivent déclarer un bénéfice mondial qu’il faut répartir entre les pays à partir de critères objectifs comme les ventes, mais aussi les emplois". Et pour éviter "cette course vers le bas lancée par l’Europe" de la compétition fiscale, il faudrait introduire un taux d’imposition global d’au moins 20 %. Joseph Stiglitz, en tout cas, félicite la France de sa taxe sur le numérique, "qui a rendu un service public en forçant le débat".

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